Moyen et Haut Tarn, 1-3 novembre 2013

Premier compte rendu rédigé à deux mains afin d’avoir une couverture la plus complète des évènements. En effet, bien que le CKTSV soit un club très soudé, il arrive que nos chemins se séparent -enfin plutôt que certaines personnes ne soient pas assez folles pour suivre le reste du groupe afin de préserver leur intégrité physique.

Trêve de plaisanterie et passons aux choses sérieuse, Alessandra à tout écrit et moi j’ai complété.

Les 12 apôtres plus 1 :

Pascale, Marie-Laure, Raph, Jérôme, Christelle, Sylvain, Benoît, Nicolas Ri, Brigitte, Bertrand S., Stephen, Denis, Alessandra

Vendredi 1er novembre

Sur le coup de 7h la joyeuse compagnie du CKTSV se réunit pour le rituel tant aimé d’empiler les kayaks sur la remorque et remplir le camion que des hommes de cœur ont récupérés la veille. Et allez hop, en route.

A Sainte Sigolène on fait jonction avec les ‘stéphanois’, et le timing teutoniquement préparé nous laisse le temps pour une pause à notre café préféré de Costaros, où on constate tristement qu’on a modernisé le déco (et notamment la collection de briquets qui nous avait ravis l’année dernière), en lisant les dernières, palpitantes nouvelles du coin dans le canard local.

RDV à Bédouès avec Sylvain qui est parti 36 heures plus tôt de Bordeaux (quand on aime, on ne compte pas, les kilomètres), repas frugale sur la terrasse plus ou moins au soleil et répartition tendue des lits pour la nuit. Les couples s’emparent manu militari des chambres, tandis que les autres s’essaient à l’analyse combinatoire pour évaluer les pour et les contre (elle ronfle, il parle dans son sommeil, il est gros, je vais me faire écraser). Plutôt que de partager son Lebensraum avec un certain gaillard, Pascale préférera dormir dans le camion.

Les niveaux d’eau ne nous laissant pas vraiment le choix, on opte pour un grand classique qui fait la joie des grands et des petits: le Moyen Tarn. Et en fait, toute proportion gardée, on a eu du spectacle, surtout dans le rapide qui suit les Dalles, où on ne compte pas moins de 5 bains sur 13 pagayeurs. Tout a été dument documenté, on attend un montage vidéo avec la musique de Titanic. Denis se démène pour disparaître complètement dans le trou au fond du rapide, mais son bateau, trop volumineux, ne veut pas  en entendre parler: le réfractaire sera vite remplacé par l’indémodable Cerro. Sinon rien à signaler, à part les beaux paysages de la descente et les ires de Jérôme au sujet d’un rapide mal engagé par Christelle. Attention à ne pas se faire exploser les coronaires, tout de même !

Dîner raffiné à base de sauté de veau, préparé par Brigitte, yum yum. Amassés à 13 dans notre mobilhome-camp de base on rit et on s’amuse sans savoir encore qu’on nous entend dans tout le camping et probablement jusqu’à Florac.

Justement, Florac, parlons-en, parce qu’on en soupçonne plus d’un de s’inscrire à la sortie Tarn à la Toussaint rien que pour participer à la fête de la soupe, qui attire des foules (de SDF, de punk-canard et de djeunes de tout bord en quête de nouvelles expériences psychédéliques) de toutes les Cévennes.

L’entrain général est tel que même ceux qui d’habitude se couchent à 21h se retrouvent sur la place principale de la capitale de la Lozère en train de ‘danser’ (le mot est quelque peu fort pour décrire cette sorte de pogo à peine voilé) la gavotte, la chicotte, la chochotte, on ne sait pas trop : les exhalations afghano-marocaines que dégage la foule en liesse ont un effet certain sur nous aussi, qui sommes pourtant drug-free. Pendant ce temps, Raph essaie de se faire passer le hoquet par des méthodes dignes de Calvin & Hobbes.

Samedi 2 novembre

Après s’être couchés en pensant faire l’intégrale du Haut Tarn le lendemain, on se réveille avec un plan moins ambitieux, mais qui permet à tout le monde de naviguer : matin le bas du Haut, après-midi le Moyen. Les bonnes crêpes de Stephen, qui se marient si bien avec le nutella bio-équitable de Haute Loire, nous donnent les énergies nécessaires, mais comme d’habitude, les surprises nous attendent au premier virage. Ou mieux, au premier gros rapide, l’Elephant, que Jérôme prend le soin de nous expliquer dans les détails, mais qu’une bonne partie de la troupe prend tout de même de travers (quand on dit qu’on n’écoute pas les profs). Alessandra se fracasse une côte sur le caillou qui l’attend en réception et nage. Rouge de honte et de douleur, prête à faire hara-kiri avec sa pagaie, elle retrouve le sourire en voyant que derrière elle il y en a qui ont suivi son exemple (mais sans se casser de côtes, heureusement). Elle fera le reste de la descente en mode ‘achevez-moi, je souffre terriblement’, sous les colibets des autres (enfin, de Jérôme, précisons).

La descente est pimentée par quelque bain parfois ridicule, quelque cravate laborieusement dégagée à 3 et, pour éviter la navette, un final épuisant en aval du barrage, où on trouve plus de cailloux que d’eau: si je mets la main sur celui qui nous a fourré dans ce plan extra-foireux….

On retrouve le reste du groupe à l’embarquement du Moyen, mais les côtes cassées et autres fatigués et paresseux abandonnent l’affaire aux plus motivés, qui enquillent.

Un moyen Tarn sans encombre, décontracté, car tout le monde à pu le faire la veille. Bon, c’est sûr il y a des bains dans le passage des dalles, mais disons que c’est plus par tradition. Ce coup-ci j’ai mon Cerro, je peux bien faire le sous-marin. Les rapides de Cocurès permettent à Raph de paufiner la technique de « je te descends ton bateau pendant que tu marches sur la berge comme ça on perd moins de temps sur les portages ». Redoutable d’efficacité, et comme ça on peut faire deux fois les parties intéressantes. Cependant il faut aimer le Shark…

Et puis comme il faut bien rajouter du piment à ces petits rapides fort sympathiques, on inaugure le « trouve moi un stop impossible au milieu du rapide, ça fera une difficulté en plus ». La palme reviens au groupe que nous avons croisé, ils ont fait un stop que je n’avais même pas vu, la faute à mon Cerro qui me fait écarter tout stop d’une longueur inférieure à 3m.

De retour au gîte, où les paresseux ont épuisé toute réserve d’eau chaude, on prend des douches glacées et on renoue avec le bordel du soir précédent, sans savoir qu’il faudra bientôt rendre des comptes.

Le plat mystérieux que nous a concocté Pascale se révèle être une très bonne recette sucrée-salée à base de poulet que tout le monde apprécie après cette journée bien remplie. Entre parties d’échecs (on est un club d’intellectuels, et oui !) et conversations relevées sur les méfaits de Bertrand Cantat, l’onomastique juive et les protestants de Lozère (tous sujets sur lesquels Ben se jette avec passion, voire fureur : on sent monter la pression), on se dit bonne nuit avec une seule idée en tête : le Gouffre des meules.

Dimanche 3 novembre

Après s’être couchée en se disant qu’elle ferait le Moyen (mais c’était toute une stratégie pour trouver le calme du repos dont elle avait besoin) Marie-Laure se réveille prête à faire le Haut : on se dit que soit elle a une maîtrise exceptionnelle des deux lobes de son cerveau, soit elle est schizophrène.

Après le petit-déjeuner on remballe nos affaires, on vide les bungalows, on fait le ménage et là, sans crier gare, le jugement dernier nous tombe dessus : la dame du chalet d’à côté, excédée par nos intempérances répétées, n’en peut plus et nous engueule vertement en nous rappelant qu’on n’est pas seuls au monde et que le camping est fait pour profiter du calme. Les deux informations nous sonnent tout à fait nouvelles, mais, reconnaissant nos erreurs, nous battons en retraite, tels des gamins confus.

Après cette bonne leçon, tout le monde converge dans l’humilité vers Pont de Montvert, les courageux (Jérôme, Denis, Raphaël, Ben et Marie-Laure) pour enfiler leurs combis mouillées (on se souvient de la cabine téléphonique où Raph se changea, officiellement pour se mettre à l’abri d’un vent froid très fastidieux, mais en réalité parce qu’il est Clark Kent en train de se transformer en Superman), les autres pour descendre ensuite au Gouffre prendre des photos et participer, au moins comme témoins, au spectacle cinq étoiles qui se prépare.

Après un repérage vite expédié, parce que la trajectoire a été répétée mentalement toute la nuit pour Denis, pour abréger ces instants de pure terreur pour d’autres, ils s’y engagent.

Jérôme, qui avait une petite revanche à prendre, passe comme un héros dans le défilé du 14 juillet, je crois qu’il a même pris le temps de nous faire coucou avant de dévaler le toboggan à 70 km/h : un triomphe digne de son mythe.

Denis nous bluffe en prenant les virages qui précèdent l’équerre avec une aisance que son Cerro (3 m de bateau on ne les range pas partout) ne laisserait pas soupçonner, mais se fait retourner dans le passage clé. Encouragé par la foule en délire, il sort un eskimo latéral dans la piscine, et il en est tellement fier qu’il lâche sa pagaie pour exulter et… replonge. Il fera tout le dévaloir la tête à l’envers, mais sans bobo majeur, grâce à son ange gardien (non, pas celui du Guil).

Raph entre en souplesse, mais une dénage le fout de travers avant l’équerre, il se retourne, il esquimaute, il se fait retourner à nouveau dans l’équerre, il arrive à se redresser… oui… non… pas complètement… il passe le dévaloir à 90 degrés : énorme !

Ben et Marie-Laure se limitent à embarquer dans la piscine après l’équerre, et c’est déjà beaucoup. Passage nickel pour Mister President, quelques petits soucis en réception pour notre stéphanoise intrépide, mais les gars la tireront d’affaire.

Nous sommes donc 5 à descendre le Haut Tarn. C’est beau, ça descend, le granite est magnifique et une fois dans les gorges le vent froid nous laisse tranquille. Ça met la pression aussi… Nous croisons un chilien, comme il a déjà fait la descente la veille, pas besoin de se faire du souci pour lui. En plus il navigue mieux que nous ! On ne compte pas les bains, tout le monde en prend pour son grade. Sauf Raph mais on a vu qu’en fait c’était Superman, ceci explique cela. Je me fait coincer deux fois dans un rappel, deux fois je nage. Finalement le Cerro n’est peut-être pas si adapté au delà du IV.

Arrivé à l’embarquement de la veille, environ à la moitié du tronçon, quelques membres du groupe -dont je tairai le nom- décident de remonter par la forêt (100m de dénivelé) plutôt que de poursuivre cette rivière éprouvante tant moralement que physiquement et qui n’épargne pas les bateaux non plus. Bref, il ne reste plus que Raph et moi de motivé. On a fait ce tronçon la veille donc pas de souci ; nous portons deux seuils impossibles à sécuriser à deux. Le soleil ravive les couleurs d’automne et réchauffe nos coeurs. Que du bonheur, on enchaîne tous les passages à vue et ça file aussi vite que l’eau. Nous irons tous les deux nous cravater en bas de l’empereur, sauf qu’étant premier Raph évite de me rentrer dedans de justesse.

Pendant ce temps, les autres se dirigent une nouvelle fois vers le Moyen Tarn, qui commence à en avoir marre du CKTSV. A l’embarquement, on fait la connaissance d’un petit chat fort sympathique qui se fourre partout et qui bouffe nos patates, nos pâtes, au point qu’on est tentés de l’adopter pour en faire notre mascotte.

Attendri par le chaton et en pensant qu’un encadrant, finalement, n’est jamais de trop sur l’eau, Nico a la très bonne idée de se joindre au petit groupe qui voulait absolument naviguer, et on finit à 5 sur la rivière. Stephen et Pascale préfèrent s’adonner à la cueillette des champignons et des châtaignes. Sylvain, entre-temps, nous a quittés pour retourner à son Pey Berland natal, non sans mille promesses de se revoir bientôt.

RAS jusqu’au dernier rapide, où ce farceur de Bertrand nous fait (et se fait) une belle frayeur en se cassant (de nouveau) l’arcade contre un caillou qu’il va chercher au fond de la rivière. Beaucoup de sang mais, ayant désormais l’habitude, il tient bon jusqu’au bout, qui n’est pas loin. A signaler le passage NI-KEL de Christelle dans ce même rapide : comme quoi, quand le chat n’est pas là…