Imbut… ah évocation d’un mythe au cœur du Verdon, qui fait trembler les cœurs les plus valeureux !
Mais n’allons pas trop vite, commençons ce récit de sortie par le début. Ce fut une organisation pleine de rebondissements. Les annonces quant au niveau d’eau du Verdon étaient … fluctuantes, passant de 13m3 à 40m3 en milieu de semaine avant de redescendre sagement à 13m3, 36h avant le départ.
Ces aléas, le pauvre organisateur en la personne de Jérôme, les a subis et il ne pouvait faire autrement que d’annoncer puis contre-annoncer, puis recontre-annoncer les conditions de la sortie. Nous mettrons cela sur le dos d’EDF et de sa bien connue forte indécision, elle-même probablement liées aux approximations combinées de Météo France et de RTE, allait t il pleuvoir, allez t il faire froid, les bons citoyens de sud-est de la France allaient ils tirer sur le réseau électrique et faudrait-il turbiner ?
Mais comme à mon habitude, je disgresse… Le Verdon disais-je, ce fut une première pour moi, comme pour Clément. Et pour les autres, bien qu’amateurs de navigations siphonantes à l’heure automnale, le rituel de la descente marathon du Verdon reste une expérience unique.
Nous voilà donc réunis à Moustier Ste Marie, au pied du massif de Mont Denier et aux abords du Lac de Ste Croix, à proximité immédiate de l’entrée des Gorges du Verdon, plus grand canyon d’Europe, haut lieu de l’escalade en grande voie, joyaux provençal et royaume aérien des vautours fauves et moines.
Nous étions 7 du CKTSV, Christelle seule représentante féminine du Club, Raphael, Clément, Luc, Bertrand, Jérome et moi-même, ainsi qu’une connaissance de Raphael, Etienne. Après une navette sur les hauteurs des gorges, nous nous sommes apprêtés a embarquer au pont de Carajuan, non sans nous être libéré du poids de nos angoisses…
Car angoisse il y avait et il y aura. En effet, bien que dans un cadre merveilleux et isolé, dans une eau limpide, fraîche et superbe, les nombreux avertissements et récits sur les odieux pièges siphonants de la rivière, ne laissent pas insensible même le plus aguerris et audacieux des kayakistes. Il n’y a qu’a voir, la video de mon alter-égo, j’ai nommé Nouria, qui en fait des caisses sur la dangerosité de cette rivière.
Pourtant, la navigation par ce niveau d’eau est extrêmement agréable, la rivière coule, les sections s’enchaînent, les paysages de calcaires toujours plus surplombant se succèdent et les rapides rencontrés ne sont jamais plus gros que du III, III+. Toutefois sauf a avoir atteint le niveau de zenitude extrême, que seul un grand âge et/ou une grande maitrise de l’art ont donné à Jérôme et Raphael, une petite tension s’installe, source de quelques maladresses.
Pour autant pas de « sketch » à déplorer, le solitaire, le couloir Samson et ses labyrinthes, drossages et seuils passent sans histoires à l’exception d’un eskimo ici ou là. L’estelier et la passerelle mythique du sentier Martel seront les témoins du premier bain de la journée. J’ai rarement mis autant d’énergie à regagner la berge dans un rapide. La présence d’un siphon en bout de ligne, est il est vraie une bonne source motivation. A ce stade Imbut à zéro pour le Verdon.
Nous poursuivons la navigation enchainant quelques passages, avant de faire une pause rapide pour le repas. Un groupe d’italien nous double et l’ouvreur s’exclame à notre attention : « Imbut ca passe ? ». Qu’est ce qu’on en sait ? L’imbut c’est en aval… Pourtant notre propre guide, sur de lui répond sans sourciller « Oui oui ca passe ! ».
Nous arrivons au Styx, vous savez le fameux fleuve de la mythologie grecque qui sépare le royaume des vivants et des morts, etc. etc. Evidement, vu comme ca, le moral en prend en coup, mais vu de près … encore plus. Car la rivière entre dans une grotte, la lumière disparait et 2 petits seuils se succèdent avant de déboucher sur 1 drossage siphonnant sous la parois de la grotte. Le 1er seuil est un peu « merdique » un pleureur le refermant en portefeuille. S’y mettre une boite, s’est s’assurer un bon coup de stress. Certain portent facilement la difficulté, certains passent sans soucis, enfin l’un d’entre nous est saisi d’un comportement surprenant puisque : il se boite sur sa reprise, prends ses jambes à son cou, et laisse son kayak visiter le siphon (ce qu’il ne fera d’ailleurs pas). Bref, plus de peur que de mal.