Participants : Jérôme, Stéphane, Agathe, Phil, Marc, Nicolas

Parce que c’est le Verdon, il fallait forcément un compte-rendu en plusieurs tomes donc si vous êtes pressés, vous pouvez passer directement à la section finale : Idées reçues VS réalité (et bonnes nouvelles!).

1. Préambule

« Mythique »

« une expérience mystique »

« la première fois que je l’ai fait, il n’y avait pas un mot sur l’eau tellement tout le monde était concentré avec des siphons tous les 200 mètres»

« il y a un avant/après Verdon »

« le portage de l’Imbut, il y en a qui ne viennent que pour ça »

Ces impressions sur le Verdon glanées au fil des sorties posent un sacré cadre pour la descente d’une rivière mythique dans l’un des plus grands canyons d’Europe. De la part de copains plus expérimentés, ça fout aussi sacrément les miquettes.

Avant de me lancer dessus, j’avais fait une grosse préparation perso (au-delà des années de préparation psychologique pour me dire qu’un jour j’irai), soit:

-repris des comptes-rendus du club sur les sorties précédentes en guise de topo pour comprendre comment se passe le fameux portage de l’Imbut (genre : https://cktsv.fr/verdon-2021/ )

-appelé tous les copains de navig pour leur demander leur avis sur la descente

-regardé des vidéos de la descente

-fait du renforcement musculaire quotidien pendant les 2 semaines avant

-pré-rédigé mon testament au cas où

Bref, j’étais pas absolument rassurée parce que les siphons et 6h30 de navig ça fait peur, mais je ne pouvais pas faire mieux.

2. L’arrivée

Le groupe s’est donc retrouvé le vendredi soir au camping agreste de Moustiers-Ste-Marie après quelques heures de route. L’accueil nocturne a été assuré par les 1000 chats des lieux, entre tracteurs et chênes centenaires splendides. Le vent était aussi de la partie pour nous souhaiter la bienvenue et assurer une animation intense toute la nuit.

Autant dire qu’au réveil, on était super frais en découvrant la poubelle éventrée par les chats qui rappliquaient en quête de nourriture dès qu’on bougeait. Stéphane s’est donné pour mission de les tenir à l’écart, avec plus ou moins de succès. On a quand même vite compris qu’il fallait absolument fermer les voitures et tentes pour éviter les colocs supplémentaires…

3. La descente

La charmante navette a permis aux initiés de jouer les guides touristiques avant le briefing de sécurité. Côté engagement, c’était assez simple : le premier rapide, le Solitaire, est « le juge de paix » (dixit 2 maestros de la descente). Si c’est compliqué, on sort à ce moment-là. Si on le sent pas, une sortie est possible un peu plus loin : 500 m de dénivelé avec 30 kilos de kayak sur le dos (ouch!). Quand on embarque, tout n’est pas joué, mais on sait à quoi s’en tenir.

On s’est donc lancé sur un Verdon à 21m3, sous un ciel gris et avec une eau de la même couleur, et sous les rondes des vautours qui attendaient avec impatience de voir comment on passait le premier rapide. Un décor et une ambiance parfaits pour démarrer !

Marc et Nicolas ont ouvert, suivis de Stéphane, Jérôme et Phil en voiture-balai. Pour illustrer le point sécu, Jérôme s’est fendu d’un esquimo sur le Solitaire histoire de mettre tout le monde en confiance pour la suite de la descente. Ce moment unique n’a pas été filmé donc on vous invite à faire le prochain Verdon pour voir s’il réitère l’exploit. Pour ne pas être en reste, Agathe et Phil ont aussi fait 2 esquimos sur d’autres rapides de la descente.

Même sous un ciel gris, le cadre est somptueux et on a largement eu le temps d’admirer le paysage entre les rapides sans être accroché à sa pagaie H24. La branche masculine de l’équipe a franchi le 2e plus gros rapide l’Estélier avec brio sous l’oeil admiratif de la branche féminine chargée de com de l’équipe et des randonneurs de passage. Pour nous remettre de nos émotions, nous avons profité de la la petite plage derrière le rapide pour pique-niquer.

Au-delà des magnifiques falaises ocres percées de grottes, la rivière vaut la navig pour ses rapides mythiques :

>L’entrée du Styx, même si on ne le fait pas, le rapide (qui se porte facilement) pose clairement les choses : un portique de rochers, entre squelette de Léviathan/Moby Dick et cimetière de hyènes de Scar (selon les références). C’est ultra impressionnant et les cris des copains qui passent le rapide dans le noir finissent le tableau à la perfection.

>Le couloir Samson : on se sent tout petit face aux falaises.

>L’Imbut : le rapide mythique, un must absolu !

Il y avait eu une grande discussion avant la descente sur l’utilité de prendre des frontales. Conclusion : merci Stéphane d’avoir pris la tienne ! On rentre dans la roche via une faille pour se retrouver dans une 1e grotte où l’eau tourbillonne. Comme il n’y a pas que les kayaks qui passent, un arbre barre le passage vers la 2e grotte qui permet de retrouver la rivière. On attrape la pagaie et on passe les vitesses pour passer au-dessus de l’arbre avant le grand moment d’équilibriste.

Dans la 2e grotte, une ouverture au fond permet l’extraction, moyennant un chemin sur du bois flottant et une mini-échelle taillée sur un tronc (merci aux précédents!). L’eau se déverse par en-dessous dans un fracas significatif. Pendant que les premiers s’extraient de la grotte en hissant leurs bateaux, Stéphane découvre une ouverture sur le haut à gauche qui permet facilement de sortir de la grotte sans escalade particulière. Petit bonus, de l’autre côté il se retrouve sur une zone plate qui permet un embarquement doux et délicat. A noter pour la suite !

Néanmoins, comme toute 1e descente est aussi un baptême du feu, on m’a interdit cette nouvelle passe merveilleuse au profit de la classique pour « entrer dans la légende ». Quand Jérôme se poste en photographe en face du point visé, c’est jamais rassurant… Effectivement, en sortant de l’ouverture, je me suis retrouvée sur une falaise très pentue, humide et glissante, plusieurs mètres au-dessus de l’eau. Heureusement, les copains avaient déjà préparé mon bateau donc c’était presque confort. Je n’ai commencé à douter qu’en grimpant dans mon bateau quand Marc m’a dit d’y aller molo parce qu’il ne tenait que sur son genou (what?!) et qu’il allait me jeter à l’eau, en me disant de faire attention parce que le courant allait me projeter vers la falaise à droite (youpi!). J’ai donc embrassé l’expérience puisqu’il n’y avait pas d’autre choix et finalement, c’était marrant. Spoiler : c’est encore plus marrant de voir les autres passer par là et de regarder le dernier, qui se retrouve sans genoux de soutien faire des acrobaties solo pour gérer sa descente. Pour le coup, Nicolas a géré ça avec une dextérité remarquable, bravo!

Le reste de la descente est ponctué de petits rapides sympas, avec passage du Rideau en mode spéléo (pour le coup, ça peut rayer du casque) et portage des Cavaliers avant l’Assommoir. La fin des gorges s’ouvre sur une zone calme pour se remettre en phase avec le reste du monde et finir de vider les stocks d’énergie. Pas de maxi stéréo ni de bikinis sur paddle à l’arrivée mais un lac paisible sous une superbe lumière. La journée s’est achevée par des pizzas géantes dans le village pittoresque de Moustiers avant le retour du dimanche.

En bref, le Verdon est à la hauteur du mythe ! C’est une descente à faire absolument avec des rapides et un cadre uniques. Avec le niveau parfait et des super copains de navigation, c’était vraiment une descente géniale pour clore les navigations de l’été. Reconnaissance éternelle aux copains de navigation pour cette 1e au top et vivement la prochaine !

4. Idées reçues VS réalité (et bonnes nouvelles!)

Un paysage sublime avec une eau turquoise

Oui, c’est sublime, mais pour la couleur de l’eau, ça dépend de celle du ciel donc pour le turquoise, il faudra revenir une prochaine fois.

Les siphons, c’est l’angoisse

Oui, avec les arbres, c’est le pire cauchemar des kayakistes.

Il y en a beaucoup sur le Verdon (personne n’a jamais compté les 500, c’est comme les niveaux d’eau, ça dépend parfois du conteur)

MAIS :

-ils ne sont pas tous dangereux

-ils ne sont pas tous énormes au point d’engloutir bateau/bonhomme/pagaie et tout le kit

-plein de siphons sont des baby siphons ; certains ont même parlé de siphon école indolore près du Rideau, on serait presque tenté d’y aller…

-ils dépendent du niveau d’eau donc peuvent disparaître selon les niveaux

-ils ne sont pas forcément sur les passes possibles/logiques, ils sont parfois à 5 m de l’endroit où on passe donc c’est large

-pour les novices du Verdon/siphon, ils sont souvent invisibles donc pas inquiétants quand on est sur l’eau (voir ci-dessous)

-on peut facilement porter les passages où les siphons sont potentiellement problématiques (cf fin du parcours où tout le monde a porté un enchaînement de 2 siphons, les Cavaliers, qui passent à partir de 35m3).

DONC ce n’est pas inquiétant sur l’eau SI:

-le niveau d’eau est bon (voir titre)

-on a un bon encadrement avec des gens qui connaissent la rivière et savent repérer les passages problématiques (reconnaissance éternelle aux copains de navigation et aux ouvreurs!)

-on reste quand même concentré pour éviter les zones compliquées.

C’est compliqué parce que c’est encaissé

Oui, le canyon fait une trentaine de km donc quand on est dedans :

-il est difficile de sortir (à moins d’aimer l’escalade sportive avec une charge de 30 km non aérodynamique en chaussures mouillées)

-les secours sont compliqués (bonjour l’hélico).

MAIS :

-la rivière est large, rien à voir avec les gorges de l’Isère ou la Combe de Château Queyras sur le Guil

-ce n’est pas du tout oppressant

-on est loin de taper la pagaie des deux côtés de la rivière (ou il faut être sacrément bon en sprint et vouloir faire des maxi zigzags sur 6h de navig).

Les rapides sont complexes

Oui pour certains mais :

-pas tous et les plus difficiles peuvent être portés

-à ce niveau d’eau ça ne va vraiment pas vite, on a largement le temps d’anticiper

-on a vraiment le temps de se reposer sur des zones de plat (avec marmites) entre les rapides.

La navigation est super longue

Oui, ça demande de l’endurance, mais la navigation n’est pas ultra éprouvante parce qu’il y a plein de passages où on peut se reposer et admirer le paysage.

Les marmites et drossages c’est galère

Ca c’est vraiment compliqué à gérer par contre donc il faut être concentré.

Conclusion :

Ce n’est clairement pas une rivière pour des débutants et elle est difficile à préparer pour l’endurance.

Par contre, si on sait esquimauter, et avec un bon entraînement en rivière et un bon encadrement sur l’eau c’est tout à fait accessible, même quand on n’est pas un.e dieu/déesse du kayak (on le devient peut-être quand on a passé le point sublime !)

Pour la prochaine, on prévoit les T-shirt « Finisher » pour tous et toutes !

Logistique :

-Stéphane : ressource N°1 pour les bonnes adresses et produits locaux.

-Camping Peyrengues à Moustiers : rural, des arbres magnifiques et des chats chapardeurs.

-Pizzeria Le Four : topissime mais il faut penser à réserver, les places sont comptées.

Catégories : Récits sorties